[Intro] [Le piano joue des accords espacés; une trompette bouchée répond dans le registre grave.] [Verse 1] Le garçon empile les chaises près du bar, Il me reconnaît peut-être, mais détourne le regard. La pendule au mur avance avec difficulté, Le néon sur le zinc paraît vouloir céder. Je demande la table au fond, près du rideau, Celle où tu dessinais des cercles dans ton eau. Un café devant moi, la chaise en face est vide, Comme si tu revenais achever notre phrase. [Chorus] La tasse refroidie garde encore ton absence, Un cercle brun sur la table, un reste de silence. La tasse refroidie, le sucre au fond du verre, Et la phrase suspendue qui ne sait plus se taire. J’avais tant de réponses lorsque tu es partie, Mais aucune n’est venue devant la tasse refroidie. [Verse 2] Tu avais dit tout bas : « Nous nous perdons de vue », J’avais fixé la pluie plutôt que prendre ta main. Tu attendais un geste, un refus, un aveu, Je t’ai donné le bruit de la cuillère au milieu. Puis tu t’es relevée, ton parfum a suivi, La porte a fait entrer tout le froid de Paris. J’ai laissé sur la nappe un pourboire trop grand, Pour payer le café — pas le prix du moment. [Chorus] La tasse refroidie garde encore ton absence, Un cercle brun sur la table, un reste de silence. La tasse refroidie, le sucre au fond du verre, Et la phrase suspendue qui ne sait plus se taire. J’avais tant de réponses lorsque tu es partie, Mais aucune n’est venue devant la tasse refroidie. [Instrumental Break] [La trompette bouchée improvise sur les silences du refrain, accompagnée uniquement par le piano et les balais.] [Bridge] Le garçon vient me dire : « Monsieur, nous allons fermer. » Je voudrais lui répondre : « J’attends quelqu’un, vous savez. » Mais le mensonge se brise avant d’atteindre ma voix, Je règle deux cafés — comme si tu étais là. [Final Chorus] La tasse refroidie ne garde pas ta présence, Seulement mon vieux refus de répondre à l’absence. La tasse refroidie, le sucre enfin dissous, Et la phrase que j’écris sans la remettre entre nous. J’avais tant de réponses lorsque tu es partie, Ce soir j’en laisse une près de la tasse refroidie : [Reprise] « Je savais que tu partais, j’avais seulement peur De dire : reste encore — et de risquer mon cœur. » [Outro] Le garçon éteint le bar, Je remets la lettre dans mon manteau. La chaise en face reste vide, Et je ressors sous l’eau.